Étape 1 — L’inventaire des adresses

Avant toute chose : la liste exhaustive de ce qui existe aujourd’hui. Quatre sources, à croiser — aucune n’est complète à elle seule.

  • Les sitemaps de votre site actuel. Base de départ, mais attention : ils ne contiennent pas toujours tout, et certaines pages vivantes peuvent en être absentes.
  • L’export de la Search Console : les pages qui reçoivent réellement des impressions et des clics. C’est la source la plus précieuse, parce qu’elle vous dit ce qui compte vraiment.
  • Une exploration complète du site avec un outil d’audit, pour attraper ce que les sitemaps oublient.
  • Vos statistiques : les pages qui reçoivent du trafic, toutes sources confondues, sur les douze derniers mois. Une page qui ne reçoit plus rien depuis un an mérite peut-être d’être abandonnée — décision à prendre consciemment, pas par omission.

Point souvent négligé : certaines pages sont volontairement absentes des sitemaps tout en étant bien vivantes et référencées. Comparez les listes issues de vos différentes sources plutôt que de vous fier à une seule.

Le résultat est un tableau. Une ligne par adresse, avec son trafic, ses impressions et son statut.

Étape 2 — La matrice de correspondance

Pour chaque adresse de l’inventaire, une décision : vers quoi pointe-t-elle après la migration ?

Quatre cas de figure :

  1. Adresse identique. Le meilleur scénario : aucune redirection nécessaire, aucun signal perdu. C’est possible plus souvent qu’on ne le croit, y compris entre plateformes différentes — il suffit parfois de configurer le nouveau site pour qu’il serve les mêmes chemins.
  2. Redirection une à une. L’ancienne adresse pointe vers la nouvelle page équivalente, en 301.
  3. Regroupement. Plusieurs anciennes pages fusionnent vers une seule. Acceptable, à condition que la destination traite bien le sujet des pages d’origine.
  4. Suppression assumée. La page disparaît sans équivalent. Elle doit alors renvoyer un code 410, pas une redirection vers la page d’accueil — cette dernière est le pire choix possible : elle dilue le signal et génère ce que les moteurs considèrent comme une redirection trompeuse.

Cette matrice est le document le plus important de la migration. Elle se construit page par page, elle prend du temps, et c’est ce temps qui fait la différence.

Étape 3 — Tout ce qui n’est pas une URL

Les redirections ne suffisent pas. Plusieurs autres éléments déterminent si une page conserve sa valeur.

Titres et méta-descriptions. Ils existent aujourd’hui, parfois travaillés pendant des années. Ils doivent être repris, pas régénérés automatiquement. Une migration où chaque page reçoit un titre générique construit à partir du nom du produit perd un capital considérable.

Le contenu lui-même. Les descriptions de catégories, les textes de pages, les articles. Cela paraît évident, mais j’ai déjà vu des migrations où les textes d’introduction de collections étaient simplement oubliés — et le trafic avec eux.

Les données structurées. Prix, disponibilité, avis, fil d’Ariane. Si votre ancien site en avait et que le nouveau n’en a pas, vous perdez vos résultats enrichis dans les pages de résultats.

Les images. Elles ont aussi des adresses, et elles peuvent apporter du trafic. Les redirections d’images sont souvent oubliées.

Les liens internes. Après migration, tous les liens dans vos contenus doivent pointer vers les nouvelles adresses, pas passer par des redirections. Une chaîne de redirections dilue le signal et ralentit la navigation.

Le fichier robots.txt et les sitemaps. À régénérer, et à soumettre.

Étape 4 — La préproduction, et le piège classique

Le nouveau site se construit sur un environnement séparé, pendant que l’ancien continue de vendre. Deux règles absolues.

La préproduction doit être en noindex. Un site de test indexé crée un duplicata complet de votre boutique, et peut même se positionner à sa place. C’est un accident classique et coûteux.

Il faut impérativement retirer ce noindex au moment de la bascule. Et c’est là le piège le plus fréquent et le plus dévastateur : on protège soigneusement la préproduction, on bascule, et on oublie de rouvrir l’indexation. Le trafic s’effondre sur plusieurs semaines avant que quelqu’un ne comprenne pourquoi.

Mon garde-fou : la vérification du noindex figure en première ligne de la liste de bascule, et elle est contrôlée deux fois — une fois juste après la mise en ligne, une fois le lendemain.

Vérifiez aussi que les règles empêchant l’exploration de la préproduction n’ont pas été recopiées telles quelles dans le fichier robots.txt de production.

Étape 5 — La bascule et les six semaines qui suivent

Le jour de la bascule, dans cet ordre : reprise des dernières données de l’ancien site, mise en ligne, activation des redirections, retrait du noindex, régénération et soumission des sitemaps, puis vérification d’un échantillon d’adresses parmi les plus importantes.

Choisissez un créneau creux de votre activité. Pas un vendredi après-midi, pas la veille d’un week-end prolongé, et jamais en pleine période de forte activité commerciale.

Les jours suivants, la surveillance est active, pas passive :

  • Les erreurs 404 dans la Search Console et dans vos journaux serveur : chaque 404 sur une adresse qui recevait du trafic est une redirection manquante à ajouter immédiatement.
  • L’indexation : le nombre de pages indexées doit remonter progressivement vers le niveau précédent.
  • Les positions sur vos requêtes principales.
  • Le trafic par groupe de pages plutôt que globalement — c’est ainsi qu’on repère qu’un gabarit précis a un problème.
  • Le taux de conversion, qui révèle les problèmes fonctionnels que le SEO ne montre pas.

Un flottement de deux à quatre semaines est normal, le temps que les moteurs réexplorent l’ensemble. Une chute qui s’installe au-delà de six semaines signale un problème réel qu’il faut traiter sans attendre.

Les erreurs qui coûtent le plus cher

Rediriger tout vers la page d’accueil. La solution de facilité quand on n’a pas préparé la matrice. Elle ne conserve presque rien du signal accumulé.

Enchaîner les redirections. Ancienne adresse vers adresse intermédiaire vers nouvelle adresse : chaque saut dilue et ralentit. Pointez directement vers la destination finale.

Utiliser des redirections temporaires. Une 302 indique aux moteurs que le changement n’est pas définitif : ils conservent l’ancienne adresse. Pour une migration, c’est une 301.

Oublier les variantes avec et sans www, ou avec et sans barre oblique finale. Ces doublons créent de la duplication et gaspillent le budget d’exploration.

Migrer et refondre en même temps. Changer de plateforme et de design et de structure simultanément rend impossible l’identification de la cause si quelque chose se dégrade. Quand c’est possible, séparez les deux chantiers.

Supprimer l’ancien site trop tôt. Gardez-en une copie accessible pendant quelques mois : vous en aurez besoin pour vérifier ce que contenait telle page, ou récupérer un élément oublié.

Checklist

  • Croiser sitemaps, Search Console, exploration et statistiques pour l’inventaire
  • Établir une matrice de correspondance ligne par ligne
  • Préparer les redirections 301 avant la bascule, pas après
  • Renvoyer un 410 pour les pages réellement supprimées
  • Reprendre titres, méta-descriptions et données structurées
  • Garder la préproduction en noindex — et le retirer à la bascule
  • Mettre à jour les liens internes vers les nouvelles adresses
  • Régénérer et soumettre les sitemaps
  • Surveiller 404, indexation et positions pendant six semaines

Questions fréquentes

Combien de temps dure la baisse après une migration ?

Avec un plan de redirections correct, comptez deux à quatre semaines de flottement, le temps que les moteurs réexplorent l’ensemble des pages. Au-delà de six semaines sans retour à la normale, il y a un problème technique à chercher : redirections manquantes, noindex oublié, contenu perdu.

Peut-on garder exactement les mêmes URLs ?

Souvent oui, y compris en changeant de plateforme. C’est la meilleure solution quand elle est possible : rien à rediriger, rien à perdre. Cela demande de configurer le nouveau site pour servir les anciens chemins, ce qui est généralement faisable moyennant un peu de travail technique.

Faut-il prévenir Google de la migration ?

Si le nom de domaine change, oui : la Search Console propose un outil de changement d’adresse à utiliser explicitement. Si seul le contenu change à domaine identique, il n’y a rien à déclarer — soumettez simplement les nouveaux sitemaps.

Et si j’ai déjà migré et perdu du trafic ?

Ce n’est pas irrattrapable, mais chaque semaine compte. La démarche est la même, en sens inverse : reconstituer la liste des anciennes adresses — via la Search Console et les archives du web — identifier celles qui renvoient une 404, et poser les redirections manquantes. Plus on agit tôt, plus la récupération est complète.

Qui doit gérer le volet SEO d’une migration ?

Quelqu’un qui comprend à la fois la technique et le référencement, et qui intervient dès la conception, pas à la livraison. Un plan de redirections demandé la veille de la bascule est presque toujours bâclé — c’est la cause première des migrations ratées.